Grand Paris : de l'extra à l'ordinaire

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Que sont devenus les chaînes agrégatives de Portzamparc, le "jusqu’au Havre" d’Antoine Grumbach, ou la version aérienne du Grand Paris Express (GPE) ? Que reste-t-il du récit des architectes et urbanistes de la consultation lancée en 2008 par Nicolas Sarkozy ? A les écouter – le 17 juin pour faire le bilan de l’AIGP -, pas grand chose… (cf. dossier p.7). "On ne peut pas penser une grande métropole sans identité portuaire", insiste Antoine Grumbach, pas totalement convaincu par l’appel à projets "Réinventer la Seine" (cf. DIF 1250–51) ou le rôle que jouera la future ligne nouvelle Normandie-Paris dans la construction métropolitaine. Le problème, soulève Yves Lion, tient en un mot : la "technostructure", "qui n’a qu’une envie : reprendre le dessus". L’architecte s’étonne encore que le GPE se fasse en souterrain : "c’est deux fois plus cher !". Certain, par ailleurs, que "la ligne 16 sera bien aérienne" et conscient qu’ils ont "encore besoin de convaincre". Convaincre l’Etat d’abord, qui a repris une place de choix autour de la table, en s’imposant comme l’aménageur du Grand Paris, les élus ensuite, au premier plan de la mutation territoriale. Car une vision reste à écrire. Une "représentation collective de la métropole, de ce qu’elle peut être", question à laquelle l’AIGP "n’a pas été capable de répondre", regrette Antoine Grumbach. Et le Grand Paris Express ne peut, à lui seul, définir le projet. "La métropole n’est pas une addition de techniques", prévient Christian de Portzamparc. "C’est aussi un enchaînement de petites échelles". Le plan masse ne résoudra pas la question métropolitaine, surtout s’il exclut la ville "ordinaire", ces territoires qui ne figurent pas sur le tracé du futur métro, ceux qui ne seront ni denses ni faisant partie d’une des nouvelles centralités. La "ville légère", comme la nomme l’architecte-urbaniste allemand Finn Geipel.
Bref, huit ans plus tard, le bilan de l’AIGP est mitigé, les architectes et urbanistes paraîssent désillusionnés. Mais huit ans, c’est court pour le temps de la ville. Et l’Atelier a le mérite d’avoir donné de la chair à un squelette. Désormais, on parle de réemploi, de très grande échelle, de ville poreuse, de multiplicités des usages… Des idées devenues des poncifs, c’est un début.